Il me manque des couleurs. Dans ce monde que j'ai créé, des hommes réels ou non passent. Un entrelacs de mots et de pensées qui s'entrechoquent à travers le vent. Les montagnes verdoyantes se rapprochent plus vite encore que la musique qui coule par torrents. Je ne sais que faire, à part m'allonger les pieds nus dans un univers à moitié liquide. Des bulles éclatent à droite et à gauche, dans un bruissement coupé d'éclats de sucre. Les yeux à moitié clos ne font que regarder sans essayer de comprendre. On me tend des mains que je refuse, on me tend des mains que je prend. Mais je n'en ai que deux, le choix me fonce en pleine gueule. Alors je laisse tout tomber, dans le déchirement de mon coeur se fait entendre un frémissement. Tout tremble, tout semble éphémère, tout est aphone. Et d'un coup, oui d'un seul, un entassement de bruit se fait sur la prairie, vers l'est, toujours vers l'est. N'y voyant plus rien, je reste là, las. Lassitude d'être seul, après l'incroyable et ennivrant sentiment de liberté. Rimes d'un spleen en manque, oui, en manque.